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TRIBUNE D’OPINION : Notre-Dame a brûlé… prenons le temps de réfléchir !

Régis Bourdot

L’incendie de Notre-Dame de Paris a été bouleversant. Voir cette toiture embrasée avec de supposés dommages collatéraux sur le bâti, les vitraux et potentiellement le trésor avait de quoi toucher au plus profond de soi. Pas besoin d’être croyant pour en avoir été catastrophé. D’où cette émotion légitime qui nous toucha tous et toutes, et moi en particulier qui, enfant, jouait parfois dans le square qui ne s’appelait pas encore Jean XXIII. D’où aussi cet emballement médiatique et sur les réseaux sociaux, qui a fait de l’évènement une catastrophe cataclysmique. Ce que, finalement, il n’était pas.

L’incendie de la charpente des grands édifices patrimoniaux, en particulier religieux, est un évènement certes dramatique, mais qui n’est pas si exceptionnel qu’on le pense. Des centaines d’églises et de cathédrales ont connu d’affreux stigmates lors des guerres ou d’accidents… et elles ont pour la plupart survécu. La toiture des grandes églises et des cathédrales n’est en fait qu’un chapeau posé sur l’édifice lui-même, et séparé de la nef par une voûte maçonnée extrêmement résistante. Leur rôle de contreventement est de ce fait assez réduit. Quand ce « chapeau » brûle, le reste du bâtiment n’est pas forcément très affecté. Les tonnes d’eau déversées par les pompiers pour éteindre le brasier auront peut-être fait plus de dégâts à l’édifice que l’incendie lui-même, comme me l’a confirmé en ”off”, il y a quelques semaines, un porte-parole des sapeurs pompiers de France. Il eût été en revanche catastrophique que la charpente des tours s’embrase, car ce boisage interne participe, lui, directement à leur solidité et soutient les cloches de plus de 10 tonnes qui, en tombant, si les bois de soutien avaient brûlé, auraient certainement entraîné l’écroulement des tours, sapées à leur base.

En 1836, un incendie a ainsi ravagé la charpente de la cathédrale de Chartres, la détruisant intégralement comme cela est arrivé hier à Paris. Un an plus tard, on commençait à remplacer la charpente en bois par une charpente… métallique, en fonte et fer forgé. À Reims (dont la structure de la cathédrale est la même que celle de Notre-Dame), on a opté, après la guerre de 14, pour une charpente en béton (plus légère et plus solide que celle d’origine). Il n’est donc pas indispensable d’abattre une forêt entière de 1200 chênes multiséculaires pour refaire la charpente de Notre-Dame… Reste, bien sûr, à apprécier les dégâts causés par l’incendie et par son extinction, au reste de la bâtisse. Les experts y travaillent, mais ils ne semblent pas foncièrement pessimistes.

 

Le débat autour de la restauration de la charpente est surréaliste. Parler de ”reconstruction (sic) à l’identique” par respect du patrimoine historique. C’est oublier que l’édifice a été profondément remanié dans la seconde moitié du XIXe siècle par le maladroit Viollet-Le-Duc, auquel on doit notamment la flèche (qui n’avait donc rien d’origine) et les multiples ajouts, dont les très romantiques gargouilles. Le mythe d’une charpente présentée comme une œuvre d’art ne tient pas. C’était certainement à l’époque de la réalisation une prouesse technique époustouflante mais elle n’avait finalement d’extraordinaire que le nombre de fûts abattus pour la fabriquer. En tout état de cause, une charpente, qui n’a jamais été faite pour être vue, n’a d’autre fonction que d’être suffisamment solide pour supporter le poids énorme d’une toiture en plomb, sans intérêt particulier autre que d’être étanche et durable. Quant au respect de l’intégrité historique de l’édifice, qui interdirait toute novation technique et architecturale, il est grotesque. L’histoire de l’architecture est faite d’une discontinuité des styles qui, depuis toujours, se sont ajoutés, superposés, faisant cohabiter, notamment pour les grands édifices religieux, le roman, le gothique, le classique, le baroque… Parmi les chantres de la prétendue pureté architecturale des bâtiments du passé et les pourfendeurs de toute novation ou de toute cohabitation de l’ancien et du contemporain, on retrouve certainement ceux qui, il n’y a pas si longtemps, décriaient l’émergence de la Pyramide dans la cour du Louvre… Un Louvre qui est la démonstration même de la succession et de la cohabitation des styles de Louis IX à aujourd’hui.

 

Dédramatisons le sujet. Reconstruisons la charpente dans le matériau offrant le meilleur rapport qualité technique, technologique, et coût, et attendons les propositions des architectes, des charpentiers et des couvreurs pour une reconstruction esthétique de la couverture, avec du bois ou dans un autre matériau. Enfin, attendons les propositions de reconstruction éventuelle de la flèche dans une version conforme à sa vocation, l’élévation d’esprit.

 

Christian PESSEY

 

Notre-Dame brûle, vue d’artiste

Fire at the Notre Dame Cathedral. Paris, France